Les sangliers
J'ai vu passer six sangliers,
Famille en exode,
Par ordre décroissant,
Du plus grand au plus petit,
Tous méfiants.
Sentant ma présence, ils sont repartis dans leurs traces.
Je ne leur voulais aucun mal,
Mais comment leur expliquer qu'il y a des hommes
Avec des fusils
Et d'autres sans.
G. BANCAL
22/07/2006
LE CHEMIN DES CABANES MONTIE
Vieux sentier dont on peut à chaque instant perdre la trace,
Ici envahi par la ronce,
Là, interrompu par un arbre déraciné,
Vieux sentier, tu mènes à des pâtures qui ne sont plus que landes
et à des fermes désertées depuis longtemps.
On reconnaît à peine les potagers
où la morille se plaît à sortir au printemps.
Vieux sentier tu n'es plus un chemin facile.
Vieux sentier tu n'es plus qu'une piste vague
qui mène à des souvenirs.
G. BANCAL
11/01/2016
Lettre de Michel Torrente, de galerie Condillac à Bordeaux
Lettre de Michel Torrente, de la galerie Condillac, à Bordeaux
« Graveur et dessinateur exceptionnel, Gérard BANCAL possède une maîtrise totale des techniques de l'estampe.
Il vit dans un hameau tranquille en pleine montagne pyrénéenne où il prend le temps d'observer, de comprendre, attentif aux saisons, à la nature, aux parfums de la terre et des bois qui l'entourent.
Toute son oeuvre dépend de cet affût, de ces heures passées sous le soleil, sous la pluie, sous la neige, dans la nuit à guetter un reflet particulier, à capter une ombre éphémère.
Il cherche à communiquer sa passion des gris, des noirs subtils, des ombres et des lumières.
Chaque trait est voulu, bâti, contrôlé.
Chaque grisaille participe intimement au sujet dans un TOUT unique et harmonieux.
Michel TORRENTE
Galerie Condillac, Bordeaux
Projection sur Mohlitz au musée Lafage de Lisle sur Tarn
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Pourquoi la gravure ? Texte de Gérard Bancal , 2001.
Il faut d'abord parler du choix : la partie technique a d'abord séduit le manuel que je suis. Il y a dans la gravure la transformation d'une matière première : le cuivre, une lenteur du travail qui, elle aussi, joue un rôle dans le choix : cette lenteur aime l'observation, la méditation, l'analyse, et favorise la synthèse.
Alors, l'acte prémédité, la technique à maîtriser, m’intéressaient beaucoup.
Puis je me suis efforcé, peu à peu, de réduire à néant cette séduisante barrière pour transformer la gravure en une expression plus légère, rapide et spontanée ; tendre vers le paradoxe : économie des moyens et richesse accrue de la matière produite, avec cette conscience profonde que ce qui est donné au papier par le tirage est juste ce qu'il reste d'encre au fond des creux après l'essuyage de la plaque.
Grâce à ce vocabulaire technique plus direct, le mot « gravure » englobe facilement le quotidien, la vie, le feu de bois que l'on entretient, la cuisine qui mijote, que l'on surveille pendant qu'un vernis sèche : il y a vraiment interpénétration du vécu et du travail. Être graveur devient un état, une manière de vivre, une expérience de vie dans un milieu, un paysage.
Cette coïncidence entre la vie et le travail favorise ce que je peux appeler « le dessein suprême », l'acte de créer le plus fidèle à soi-même. Autour de moi, les choses deviennent plus lisibles. L'encre devient ombre, et le papier lumière.
Toutes ces convergences, ces prolongements de la pensée, ces ustensiles intellectuels fréquents, quotidiens, permettent de se passer des références. On se retrouve mieux, soi-même, car ce qu'il faut donner à voir ne doit pas mentir : ne pas aller forcément vers des similitudes entre soi et l'air du temps, exclure les formes ambiantes de l'art, les manières qui ressemblent plus à des modes qu'à de véritables expressions.
Pour cela le dessin, plus spontané, est un autre moyen. Il introduit le geste, mon geste, la vibration. Il n'est jamais tranché.
Fruit de constructions, de repères et de doutes, il est le contrepoint de la gravure, une thérapeutique idéale avec laquelle le graveur que je suis se soigne, se ressource, s'abreuve sans cesse pour contrebalancer les tics, les recettes, le métier.
Les sujets gravés ne sont que prétextes, exercices ; et même si j'aime l'image, je préfère la matière qui la compose.
Il ne faut pas être un autre ni même un tant soit peu celui que l'on admire.
Il ne faut pas ressembler à un maître, mais tout assimiler et être soi.
Tout le travail consiste à extraire ce « soi » comme on purifierait un minerai.
Se débarrasser de tout, oublier l'époque, ses courants, revenir aux sources, mieux se connaître, et faire de l’authenticité le travail de chaque jour.
Gérard BANCAL
Le 14/08/2001
Réflexions pendant le travail , par Gérard Bancal
REFLEXIONS PENDANT LE TRAVAIL
Par Gérard Bancal
REFLEXIONS I
Il faut que le travail en se compliquant, m'amène vers une matière explicite de l'émotion, avec le pouvoir de recul, de regard sur cette matière ;
parler d'elle, la mettre en exergue en travaillant ;
faire en sorte que la discipline technique qui m'occupe soit claire et serve éventuellement ma démarche et que, paradoxalement, la technique soit source de liberté ; y compris la liberté qui permet l'abstraction ou en tous cas la possibilité de pouvoir faire évoluer son travail sur le cuivre, sans toujours tenir compte de la réalité, mais avec un souci de répartition graphique, de composition, de rythmiques, d'élégance.
En tous cas d'une élégante éloquence quant aux discours sur la gravure et toutes ses possibilités :
►accumulation
►finesse graphique
►mariage des techniques
►superpositions
►oppositions nettes
►choc des différences
►travail statique
►travail où le geste, le mouvement est plus évident
Le travail, cependant, ne doit pas être une démonstration.
Il faut, à force de ce travail, que la matière engendrée soit d'une force telle qu'elle supplante le sujet et que, peu à peu, le labeur et la sensibilité conjugués me portent vers une quête du rythme et une répartition des valeurs sur la surface, occuper cette surface n'impliquant pas forcément la remplir.
L'image traditionnelle, bien que présente, a tendance à s'effacer pour laisser place au commerce des gris, des noirs et des blancs, à une recherche rythmique et à un équilibre un peu comme en musique et plus particulièrement dans le jazz.
REFLEXIONS II
La matière engendrée par une technique personnelle devient un vocabulaire remplaçant ce qu'on appelle le dessin. L'analyse plus libre suit le fil des désirs graphiques. Débarrassé des contingences de la description étroite, le travail devient parfaitement capable de soutenir les volontés compositrices de l'artiste. Libéré des raisons réalistes, la distribution des valeurs haussera plus facilement le ton pour devenir le véritable écho de l'âme du graveur.
Il faut cultiver cette captivation que l'on a lors du travail, la maintenir en éveil, toujours aigüe.
Le plaisir d'un équilibre graphique contenu doit rester comme le fil conducteur de ce travail.
Veiller sans cesse sur cette captivation graphique, éveil et surveillance de la finesse rythmique.
Gérard BANCAL
AVRIL 2007
Réflexions de Gérard Bancal sur son travail
Je me sens actuellement à la fois graveur, dessinateur et peintre. C'est aujourd'hui une nécessité pour moi d'associer ces 3 formes d'expression sur un même support.
En effet, lorsque je regarde un paysage, le dessin, la matière, les couleurs s'imposent à mes yeux. C'est donc ce qu'il me montre en matière d'interprétation qui, peu à peu, construit mon vécu de peintre, de dessinateur et de graveur, tout à la fois. On est loin du regard de l'imitateur pur et simple. Tout l'intérêt réside dans l'acte de faire, de mettre à jour, selon sa vérité.
Le travail doit témoigner de la recherche de soi. Cette recherche, en partie technique, est explicite du dessinateur, peintre et graveur que je suis, de la fidélité à cette personne et de la connaissance croissante que j'en ai, cette connaissance étant le but ultime de tout cheminement artistique, de toute création.
Je me rends compte, au fil de mon travail et de mes écritures, que j'essaie d'établir une nouvelle façon de voir et de faire : inventer ou, en tous cas, essayer des moyens picturaux qui n'appartiennent qu'à moi.
Gérard BANCAL
Pourquoi avoir pris les voies de la création et qu'est-ce que la création ?
Voilà deux questions à se poser avant toute chose et j'espère que mon texte y répondra.
Il m'a semblé indispensable de m'engager sur ce chemin. C'était un besoin pour moi qui s'est caractérisé par un goût affirmé de la contemplation, un désir de s'approprier d'abord par le regard : les formes, les paysages. On constate que l'on devient peu à peu le collectionneur de certaines images, certaines idées et certaines obsessions. Ceci a eu une influence sur mon travail, en définissant peu à peu un climat, un appétit graphique, des matières récurrentes, me révélant progressivement la véritable nature de la recherche artistique ; et quand cette quête utilise la gravure comme moyen, elle m'a semblé être plus efficace.
La gravure, métier de lenteurs, de couches successives de travaux, permet la réflexion : on est en effet très loin de la spontanéité du dessin.
Au début, la technique de l'eau-forte était une loi rigoureuse : protéger le métal d'un vernis sacro-saint, mettre le cuivre à nu selon le dessin que l'on fait et le mordre à l'acide.
Les vernis liquides, plus ou moins dilués, plus ou moins siccatifs, m'ont permis de protéger le métal d'une manière plus rapide qu'au tampon.
Vernir, travailler, mordre rapidement, enlever le vernis, regarder son travail avec un miroir, revernir et recommencer ainsi très souvent dans la journée, ne plus craindre l'erreur, travailler à petites touches, ne plus être assujetti à la discipline rigide qui consiste à graver en ménageant un vernis unique.
Cette souplesse technique s'est mise au service de l'intérêt que j'ai pour la matière des choses, le caractère de cette matière : brutale ou légère, compacte ou fluide, transparente ou veloutée.
J'ai eu la sensation, puis la certitude que certaines matières correspondaient à la suggestion de certains éléments, que certains outils devenaient un vocabulaire.
Tout ce qui a pu varier la façon de retenir l'encre sur la plaque m'a intéressé :
- le mélange des techniques (eau-forte, burin,aquatinte, manière noire)
- la superposition des travaux en essayant de garder la transparence (user, brunir, retrouver le travail du dessous, lire le cuivre sans avoir recours aux épreuves d'état).
La gravure est devenue alors une sorte de sédimentation délicate, extrêmement souple, extrêmement libre, un moyen sensible, rapide : la technique s'étant effacée, le langage devient alors l'expression des sentiments. Il concrétise facilement ce que l'on veut montrer. Souvent nostalgique pour moi, car ce que je vous donne à voir n'est que le prolongement, la partie apparente des visions accumulées pendant des années. Ces images-là ont forcément vieilli car elles sont souvent celles de l'enfance, ces petites choses qui, à force de revenir en moi m'ont prouvé qu'elles étaient le reflet de mes goûts les plus profonds.
Ces témoignages extérieurs sont autant de lumières pour éclairer, explorer la personnalité qui est la mienne et que j'essaie de cerner au plus près.
La technique est au service de la poésie. La poésie devient langage graphique. Ce confluent m'intéresse beaucoup. Je ne voudrais filtrer des images qui n'appartiennent qu'à moi, les graver d'une certaine façon elle aussi très personnelle, avec mon vocabulaire. On peut se sentir de certaines familles, mais il faut rester soi-même.
Il y a toujours une partie plus ou moins tendre en nous, poreuse, un peu d'aubier perméable aux influences, quelque chose de commun à tous ; il ne faut pas le nier, mais au contraire assimiler, s'enrichir sans jamais oublier le coeur, l'autre partie plus profonde, celle qui reste authentiquement vôtre et que l'on a tant de mal à préserver.
Cette quête de l'individuel, toutes ces questions, ralentissent le travail. Les estampes s'espacent de plus en plus ; il faut beaucoup de temps avant de choisir : il y a la matière, il y a le graphisme, le noir de l'encre, le blanc du papier, la séduction du peu de travail, de l'économie des moyens et, au contraire la superposition des techniques nombreuses, laborieuses : autant de facettes dans lesquelles je me reconnais, autant de matières qui apparaissent tour à tour et que je voudrais faire vivre toutes ensemble sur le même cuivre, jouer de tout cela et ne pas devenir le spécialiste d'une façon, celui qui recommence toujours la même chose. On devrait pourtant pouvoir travailler toute sa vie sur le même sujet sans jamais s'ennuyer ni ennuyer les autres.
Peu à peu, ma conception de la gravure comme image laisse davantage de place au goût pour la matière gravée ; matière gravée née d'un travail que je poursuis depuis de longues années.
Avant, le plaisir de faire une image avec tout ce que le mot « image » laisse entendre d'anecdotes, de descriptions, était dominant.
La technique qu'il a fallu apprivoiser ou inventer pour arriver à mes fins est devenue plus facile, plus fluide. Ce langage que je me suis approprié, plus spontané, a infléchi mon esprit, ma pensée, vers un goût nouveau : celui de la convergence entre la force de l'image traditionnelle qui n'en est plus vraiment une et la composition sensible où le descriptif laisse place à la recherche de force, d'homogénéité, d'équilibre. Par exemple : les arbres ne sont plus vraiment envisagés comme des arbres, mais avant tout comme un tissu, une texture rythmique qui, jour après jour, est devenue de plus en plus délicate, suggestive.
L'acquisition de ce nouveau vocabulaire me laisse entrevoir, sentir des désirs différents, une liberté nouvelle. Le rythme, la rugosité variable du cuivre, sa richesse, deviennent aussi importants que sa clarté, sa lisibilité.
Il faut penser maintenant la matière en terme instrumental permettant une évocation plus ou moins déconnectée du souci descriptif.
Avec les plaques couleur, des travaux très différents, en s'additionnant par superposition ou juxtaposition, jouent chacun leur partie au service d'un ensemble. Ces travaux peuvent être comparés aux instruments d'un orchestre symphonique.
Le but de tout cela n'est pas la simple coloration mais toujours une tendance vers une qualité nouvelle qui entraînerait l'intérêt, la contemplation, un état, un plaisir plus abstrait débarrassé de la lecture habituelle.
La gravure n'est pas, comme le dessin, un acte spontané. Il faut profiter de sa lenteur.
Ce handicap doit être, paradoxalement, à l'origine d'une saveur très particulière.
Pour apprécier l'eau-forte, la goûter vraiment, il faut qu'elle soit exceptionnelle : travailler beaucoup pour s'éloigner d'un tissu simple et traditionnel et atteindre ce qui, à l'origine, était désigné comme impossible.
Les goûts, les influences, sont disparates. Il faut démêler tout cela pour ne tirer que le fil de l'authenticité.
Chaque planche est un pas de plus vers la connaissance du graveur que je dois être.
G. BANCAL
30/06/2006
Lorsque je regarde un paysage … texte de Gérard Bancal , 2009.
Lorsque je regarde un paysage, ce n'est pas vraiment le paysage qui s'impose à mes yeux, mais ses couleurs, sa forme, ses rythmes, sa matière
C'est aussi et surtout ce qu'il me montre au point de vue interprétation : en effet, mon vécu de peintre, de dessinateur, de graveur, rend très loquaces certaines formes, certaines teintes, certains rythmes, au point d'orienter naturellement mon esprit vers l'interprétation, les façons multiples de transposer.
On est loin du regard de l'imitateur pur et simple : l'exacte réalité m’intéresse moins : elle n'est qu'un point de départ. Tout l'intérêt réside dans l'acte de fabriquer, de mettre à jour selon sa vision, sa manière, sa vérité intérieure. Un endroit n'est considérable que parce qu'il représente une surface noire de fusain qui va s'enrichir et enrichir une autre surface plus graphique qu'on lui juxtapose, par exemple. Je ne dis pas que mon regard devient abstrait, mais le contenu de la matière graphique, sa composition expressive prend une importance croissante lorsque je travaille.
Gérard Bancal
26/06/2009
Le travail de l'artiste , texte de Gérard Bancal , 2015.
LE TRAVAIL DE L'ARTISTE
La prédominance de la présence de la matière gravée est très importante.
Pour cela, l'eau-forte est un élément déterminant pour travailler le cuivre : j'entends : l'eau-forte, l'aquatinte et tout ce qu'il est possible de réunir autour de ces choses-là, à savoir : pointe-sèche, manière noire, et d'autres moyens encore pour moi.
A l'inverse du buriniste, ce n'est pas la maigreur graphique ou l'économie du graphisme qui m'intéresse, mais, au contraire, la rugosité du cuivre et donc un grand amour du noir, sachant qu'il est toujours possible de gratter ou de brunir pour revenir à la lumière.
Je ne veux pas dire par là que la conception graphique n'existe plus pour moi, mais j'essaie toujours et même spontanément dans mon travail de créer des liens entre l'acte graphique et l'acte pictural.
G. BANCAL
09/11/2015
La gravure, texte de Gérard Bancal , 2016 .
LA GRAVURE
Texte de Gérard Bancal
Singulière manière de s'exprimer ! Pourquoi ? Me direz-vous. Hé bien, tout simplement parce que cette façon est indirecte, elle voisine avec le dessin, mais elle n'est pas le dessin. Elle est sa fille. Elle naît effectivement de lui pour échafauder quelque chose de très différent. En effet, entre le dessin, expression directe (oeil, bras, main et gestes) et la gravure qui implique un travail technique sur le métal, la différence est grande. La spontanéité du dessin, même très construit, n'a rien à voir avec la technique de transformation de la plaque de cuivre lisse devenant rugueuse, plus ou moins amoureuse de l'encre, d'une manière graphique ou même d'une rugosité confinant à la manière dite noire (quitte à atténuer cette force en brunissant ou grattant pour revenir à des valeurs plus claires).
Cette discipline de la gravure, on le voit bien, est aussi un artisanat. Il faut donc que l'artiste pour s'exprimer, s'exerce, éprouve, envisage, ait envie aussi de devenir une sorte de manuel, quelqu'un qui n'a pas peur de se confronter à un travail fait de patience, de science, d'habileté, de savoir et surtout, de temps. Il est évident qu'un filtre pareil sélectionne naturellement des esprits particuliers.
La gravure fabrique donc des gens dont l'analyse déclenche l'action d'une manière elle aussi très particulière. Lorsque l'on grave, le temps nous donne la faculté de prendre conscience de l'ensemble et du détail. On aime le près et le lointain, le graphisme qui décrit et la matière plus sourde entrant dans le domaine de l'atmosphère, du sentiment, de la poésie.
Un graveur peut devenir une sorte de metteur en scène : maître de l'image, de l'anecdote, du climat, mais aussi de choses plus abstraites, du domaine de la composition, de la force d'un noir, de la plénitude de gris, du jeu du blanc du papier, support lui aussi très important.
Je disais donc plus haut que lorsque l'on grave, le temps donne une force supplémentaire à l'action technique : cette sorte de « digestion » de la vision qui sert vraiment la manière, la mise à disposition de certains outils.
S'il a conscience de ce qu'il peut faire de tout cela, le graveur devient malgré la technicité, le plus libre des artistes et c'est là qu'il devient grand !
Être maître de ce paradoxe : liberté et technique.
Il faut donc, peu à peu, utiliser une technique complexe, oublier le temps. La réflexion s'associe à la poésie. Il y a une sorte de fusion des moyens et des objectifs. L 'outil devient le mot du poète, quelquefois le raccourci qui permet de suggérer sans décrire et selon l'outil de décrire tout-à-coup avec finesse et en cela enrichir, surprendre le regard de celui qui, curieux, approfondit l'image.
Il faut donc varier les moyens et aller à la rencontre du connaisseur et du profane, toucher toutes les sensibilités sans le souci de plaire. Il est bien évident que les préoccupations dont je parle ne sont pas d'ordre commercial. Quand je dis « toucher toutes les sensibilités », je veux parler de l'art dans ce qui le rapproche de la conversation. En effet, un tableau n'est pas la proposition accessoire d'un regard à un autre regard, mais une tentative de rapprocher une pensée, une logique, une émotion intelligente d'une autre logique, d'un autre esprit avec l'espoir de convaincre ou en tous cas d'être compris dans sa démarche.
L'art est une sorte de recherche de connivence avec le public bien sûr, mais aussi avec ceux qui pratiquent le même métier : je parle là de la notion d'école, de groupe, de mouvements, qui ont vertébré très souvent les recherches et l'histoire artistique.
Ceci n'est qu'une constatation de ma part, mais n'entre pas dans mes convictions, dans les certitudes que j'ai quant à la pratique du dit métier. Les mouvements, les groupes se forment ; mais l'individu, l'artiste doit évidemment protéger sa solitude et veiller ainsi à l'authenticité de son ouvrage : difficulté donc d'extraire ce « soi », de protéger la pureté de ce « soi », condition obligatoire à la vérité du travail de création.
Partant de cette conviction, il me semble donc que cette solitude dans le travail tient compte de plus en plus des élans naturels, des idées techniquement opportunes de celui qui crée, au moment où il crée. Ces attitudes peuvent ressembler aussi bien à celles de l'homme de la préhistoire peignant sur la roche qu'à un de ses semblables de notre siècle : je parle là d'intemporalité dans le travail et nie cette espèce d'escalier qui nous fait soi-disant gravir des degrés vers je ne sais quel « meilleur ».
Voir la création à travers l'individu est pour moi la liberté totale qui fait fi de l'histoire et trouve grâce dans l'intemporalité.
Je regarderai ainsi un Hercule SEGHERS avec les mêmes yeux, le même esprit que ceux qui analyseront un Paul KLEE par exemple.
Il n'y a pas d'« art contemporain ». Je n'en veux pas. J'essaye de le refuser.
Et puis, dans l'acte de créer, dans le besoin d'exprimer ce que l'on voit, il y a deux types d'envie ou en tous cas un second type résultant d'un premier. Il y a ce désir de matérialiser la vision, d'imiter la nature par ce que je pourrai appeler l'artifice graphique. Et là, on est dans un commerce tout à fait ordinaire et populaire.
La conversation dont je parlais plus haut est des plus simples. L'objet est compris par tout le monde. Et puis ce besoin de l'observation donne naissance à ses propres exigences, une vie bien particulière, au-delà de sa vie ordinaire : rythmes, matières, compositions : la manière, cet au-delà qui constate toujours en essayant d'entrer dans la poésie, la littérature et même la musique.
La nervosité d'un trait, la passivité d'une tache, la lourdeur d'un noir, la vivacité des couleurs dans leur complémentarité par exemple, aboutissent à une expression beaucoup plus élaborée où le peintre entre vraiment dans la partie créative de son métier.
Cette liberté qu'il faut cultiver est garante du pouvoir d'innover et d'aller au plus profond de la rencontre avec soi-même.
C'est précisément là, au moment où l'on pourrait croire le pas franchi: tellement libre, libéré du sujet, entrevoyant presque une sorte d'abstraction, c'est à ce moment justement qu'il me semble dommage de me « débarrasser » du sujet, du fameux trait-d'union entre celui qui fait et celui qui regarde : cette conscience vive des rythmes, des tâches, des compositions, nervosité, calme, cette évidence qu'il existe des outils nouveaux, très personnels, un matériel qui indique au peintre le devenir de sa liberté, le ramène au pouvoir de ressentir, de recréer le monde qui l'environne à sa façon.
En conclusion :
Les époques, les temps, le modernisme, le classicisme, rien ne domine.
Il se crée simplement peu-à-peu un moyen de s'exprimer adapté à un individu hors de l'histoire; ou, en tous cas, je le voudrais comme cela.
Il faut que le graveur que je suis s'adapte à ce qu'il évoque : une matière inextricablement feuillue, et, tout à côté une roche brutale, pauvre et anguleuse.
La gravure doit confiner vers ces expressions directes qui, si elles semblent faire fi d'une vision homogène, participent tout de même à la force finale d'un ensemble.
Garder toute la complexité très technique, écouter les désirs de simplification, voire de géométrie jusqu'à la synthèse même extrême, les aplats, la violence graphique, la douceur d'une aquatinte, la rugosité travaillée avec lenteur confinant à la manière noire ; une eau-forte qui survole, croque avec de légères morsures, l'esprit d'un Félix BUHOT, voisin de la solidité sensible d'un Charles MERYON, et de la curiosité qui fouille d'un Rodolphe BRESDIN. Tous ces éléments sont en moi. Il faut les réunir harmonieusement pour peut-être arriver à trouver le véritable Gérard BANCAL.
Tous ces soucis de vérité, d'authenticité, donc de conscience, font que l'artiste se retrouve toujours dans un isolement : compréhension partielle de ceux qui l'aiment, et donc enfermement mental difficile à supporter.
Il faut continuer malgré tout et résister : résister contre tout, résister toujours.
G. BANCAL
11/01/2016
René Izaure
Catalogue des gravures de René Izaure
Les titres sont de l’auteur, les dimensions sont celles du support, elles sont données en millimètres, en commençant par la hauteur, puis sont indiquées la date de la gravure ou la période de réalisation, la nature du support, la technique ou les techniques employées.
1. Eglise de Rabat les Trois Seigneurs sous la neige.
240 x 299, 1953, cuivre, eau-forte et burin de retouche.
2. Le Crabe.
120 x150, 1954, cuivre, burin.
3. Rabat les Trois Seigneurs au grand arbre.
300 x 400, 1954, cuivre, eau-forte, burin de retouche.
4. Sieste à la place des puits clos à Toulouse.
135 x 180, 1954, cuivre, aquatinte.
5. Village de Vicdessos (Ariège).
180 x 240, 1958, cuivre, burin.
6. La Lessive.
130 x 180, 1958 cuivre, burin.
7. Les Deux Amis.
104 x146, 1958, cuivre, burin.
8. Le Concasseur.
225 x 345, 1959, cuivre, eau-forte.
9. L’Ange et la Mort.
350 x 260, 1960, cuivre, burin.
10. Le cousin Pons.
120 x 157, 1963, bois debout.
11. Réfection du pont de la côte pavée à Toulouse.
200 x 250, 1964, cuivre, eau-forte, burin de retouche.
12. Pigeonnier languedocien.
300 x 240, 1964, cuivre, burin.
13. Parc à Arconac. (Ariège).
200 x 295, 1964, pierre, lithographie.
14. Pigeonnier de la région toulousaine.
184 x 244, 1964, cuivre, pointe sèche et burin.
15. Pigeonnier attenant à l’habitation, près de Toulouse.
238 x 293, 1964, monotype.
16. Portrait de Fazou.
200 x 250, vers 1964.
17. Dépiquage à Rabat les Trois Seigneurs.
300 x 400, 1960-1970, eau-forte, pointe sèche, burin de retouche.
18. Le Hangar à Arconac.
190 x 250, 1960-1970, cuivre, eau-forte et burin de retouche.
19. Blés à Vicdessos, les gerbes.
350 x 230, 1960-1970, cuivre, eau-forte, burin de retouche.
20. Paysage d’Ariège « Berquiè ».
130 x180, 1960-1970, cuivre, burin.
21. Les Petits Blés à Vicdessos.
130 x180, 1960 -1970, cuivre, burin.
22. Paysage au dragon.
260 x 350, 1960-1970, cuivre, burin.
23. Dans le vent.
175 x 300, 1960-1970, cuivre, burin.
24. Le Pêcheur
350 x 260, 1965-1970, cuivre, burin.
25. Vieille forge à Rabat les Trois Seigneurs, (Ariège) .
190 x 250, vers 1970, cuivre, burin.
26. L’Epouvantail.
140 x 220, vers 1970, cuivre, burin.
27. Cascade à Mounicou.
200 x 300, 1970-1980, cuivre, eau-forte.
28. Vignes à La Franqui.
195 x 270, 1974, cuivre, pointe sèche et burin.
29. Reposoir à la Bastide-Clermont (Haute Garonne).
190 x 240, 1974, cuivre, pointe sèche et burin.
30. Après la pluie, la lune aux 72 pattes.
180 x 260, août 1975, cuivre, vernis mou.
31. Brumes de septembre.
150 x 200, 1975, cuivre, eau-forte, recherche de matières.
32. Orage sur les Corbières (La Franqui).
170 x 260, 1975, cuivre, pointe sèche et burin.
33. Les Cyprès de Monsieur Serres à La Franqui.
190 x 240, 1975, cuivre, pointe sèche.
34. Hiver à Leucate.
280 x 260, 1975, cuivre, pointe sèche et burin.
35. Les Oiseaux.
135 x150, 1975, cuivre, pointe sèche.
36. Les Portes de la nuit.
175 x 300, 1976, cuivre, eau-forte, soufre, burin de retouche.
37. Gardiens sous les lunes.
180 x 270, septembre 1976, cuivre, eau-forte, aquatinte, burin de retouche.
38. Le Fabricant d’épouvantails.
200 x 200, août 1976, cuivre, eau-forte, burin de retouche.
39. Rencontre du septième type dans les Pyrénées Ariégeoises.
134 x150, 1976, cuivre, eau-forte, burin de retouche.
40. La Vallée.
150 x 200, 1976, cuivre, eau-forte, burin de retouche.
41. Les Méduses.
180 x 260, 1976, cuivre, vernis mou et burin.
42. Les Paysans.
180 x 260, 1976, cuivre, vernis mou.
43. Les Lances.
150 x 240, 1976, cuivre, aquatinte, pointe sèche, burin.
44. Fleurs, montagne et brumes.
130 x 180, 1976 ?, zinc, vernis mou, pointe sèche.
45 Lettres et paysage (essai).
150 x 200, 1976, cuivre, cuivre, aquatinte.
46. Dans la spirale du temps
240 x 188, 1976, laiton, burin.
47. Animaux et personnages
138 x190, 1976, zinc, eau-forte.
48. Les Plantes.
100 x140, 1976, zinc, vernis mou.
49. Visages dans la nuit.
92 x 150, vers 1976, cuivre, aquatinte.
50. Le Chat cosmonaute.
59 x 88, vers 1976, cuivre, aquatinte.
51. Paysage de montagnes.
53 x 130, vers 1976. Plaque perdue, aquatinte.
52. 1929 ou la Comète.
106 x 150, vers 1976, cuivre, aquatinte.
53. Personnage dans la nuit.
118 x 150, 1977, cuivre, aquatinte, manière noire, burin.
54. L’Invasion ou les Géomètres.
200 x 300, 1977, cuivre, vernis mou, aquatinte, burin.
55. Menace dans la journée claire.
150 x 210, 2007, cuivre, eau-forte, burin de retouche.
56. Procession aux cyprès.
150 x 240, 2007, cuivre, eau-forte, pointe sèche, burin de retouche.
57. Disparate de dessinateur.
260 x 350, 2007, cuivre, pointe sèche et burin.
58. Les Manchettes.
240 x 190, 2008, cuivre, eau-forte, burin de retouche, pointe sèche.
59. L’Annonciation à Marie.
240 x 300, 2008, cuivre, eau-forte, burin de retouche, pointe sèche.
60. Après lui, le déluge.
230 x 260, 2011, cuivre, burin et pointe sèche.
P { margin-bottom: 0.21cm }
Gérard Bancal (1945-2020) de Castres à Ganac
Gérard Bancal
(*Castres 1945 -† 2020)
Michel Torrente disait de lui : "Graveur et dessinateur exceptionnel, Gérard Bancal possède une maîtrise totale des techniques de l’estampe. Il vit dans un hameau tranquille, en pleine montagne pyrénéenne, où il prend le temps d’observer, de comprendre, attentif aux saisons, à la nature, aux parfums de la terre et des bois qui l’entourent. Toute son œuvre dépend de cet affût, de ces heures passées sous le soleil, sous la pluie, sous la neige, dans la nuit, à guetter un relief particulier, à capter une ombre éphémère. Il cherche à communiquer sa passion des gris, des noirs subtils, des ombres et des lumières…" La Dépêche , Article du 22-2-2020 à 5h13.
Curriculum vitæ
1945 Naissance à Castres
1966-1973 École des Beaux Arts de Toulouse :
élève de Louis Louvrier en gravure, de Daniel Schintone en peinture, de Claude Chaigneau en dessin.
1973 Prix de la ville de Toulouse
1979 Exposition à la galerie Dieuzaide
1980 Enseignement à Nordfjored (Norvège)
1980 Exposition avec Jorn Nilsen à Leirvick (Norvège)
1980 Exposition à la galerie Condillac de Bordeaux
1981 Installation à Carrigas ( hameau de Ganac, près de Foix)
1983 Prix des artistes méridionaux
1986 Exposition au centre culturel Croix Baragnon à Toulouse
1989 Exposition à la galerie des Editions universelles à Toulouse
1991 Exposition à la galerie Simone Boudet à Toulouse
1992 Exposition à la galerie Bréheret à Paris
1993 Exposition à la galerie Simone Boudet
1996 Exposition à la galerie des Augustins à Avignon
1997 Exposition à la galerie Palladion à Toulouse
2000 Exposition à la galerie Amacla à Toulouse
2005 Exposition à la galerie Amacla
2005 Rétrospective de son œuvre à la galerie du Majorat à Villeneuve Tolosane
2008 Invité d'honneur au salon des artistes occitans à Toulouse
2010 Exposition à la galerie des Augustins à Avignon
2011 Exposition et conférence à la galerie Art-Sud à Toulouse
2012 Exposition au centre culturel de Portet sur Garonne
2013 Exposition à la galerie Monod à Paris
2016 Participation la Triennale européenne de l'estampe à Castelsarrasin
2016 Rétrospective de l'œuvre gravé, dessiné… au musée Lafage de Lisle sur Tarn
2 février 2020 Décès de Gérard Bancal
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