Canalblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Estampe d'Aquitaine
Publicité
18 février 2026

        Pourquoi avoir pris les voies de la création et qu'est-ce que la création ?

Voilà deux questions à se poser avant toute chose et j'espère que mon texte y répondra.

      Il m'a semblé indispensable de m'engager sur ce chemin. C'était un besoin pour moi qui s'est caractérisé par un goût affirmé de la contemplation, un désir de s'approprier d'abord par le regard : les formes, les paysages. On constate que l'on devient peu à peu le collectionneur de certaines images, certaines idées et certaines obsessions. Ceci a eu une influence sur mon travail, en définissant peu à peu un climat, un appétit graphique, des matières récurrentes, me révélant progressivement la véritable nature de la recherche artistique ; et quand cette quête utilise la gravure comme moyen, elle m'a semblé être plus efficace.

La gravure, métier de lenteurs, de couches successives de travaux, permet la réflexion : on est en effet très loin de la spontanéité du dessin.

            Au début, la technique de l'eau-forte était une loi rigoureuse : protéger le métal d'un vernis sacro-saint, mettre le cuivre à nu selon le dessin que l'on fait et le mordre à l'acide.

            Les vernis liquides, plus ou moins dilués, plus ou moins siccatifs, m'ont permis de protéger le métal d'une manière plus rapide qu'au tampon.

            Vernir, travailler, mordre rapidement, enlever le vernis, regarder son travail avec un miroir, revernir et recommencer ainsi très souvent dans la journée, ne plus craindre l'erreur, travailler à petites touches, ne plus être assujetti à la discipline rigide qui consiste à graver en ménageant un vernis unique.

            Cette souplesse technique s'est mise au service de l'intérêt que j'ai pour la matière des choses, le caractère de cette matière : brutale ou légère, compacte ou fluide, transparente ou veloutée.

            J'ai eu la sensation, puis la certitude que certaines matières correspondaient à la suggestion de certains éléments, que certains outils devenaient un vocabulaire.

            Tout ce qui a pu varier la façon de retenir l'encre sur la plaque m'a intéressé :      

  • le mélange des techniques (eau-forte, burin,aquatinte, manière noire) 
  • la superposition des travaux en essayant de garder la transparence (user, brunir, retrouver le travail du dessous, lire le cuivre sans avoir recours aux épreuves d'état).

            La gravure est devenue alors une sorte de sédimentation délicate, extrêmement souple, extrêmement libre, un moyen sensible, rapide : la technique s'étant effacée, le langage devient alors l'expression des sentiments. Il concrétise facilement ce que l'on veut montrer. Souvent nostalgique pour moi, car ce que je vous donne à voir n'est que le prolongement, la partie apparente des visions accumulées pendant des années. Ces images-là ont forcément vieilli car elles sont souvent celles de l'enfance, ces petites choses qui, à force de revenir en moi m'ont prouvé qu'elles étaient le reflet de mes goûts les plus profonds.

            Ces témoignages extérieurs sont autant de lumières pour éclairer, explorer la personnalité qui est la mienne et que j'essaie de cerner au plus près.

            La technique est au service de la poésie. La poésie devient langage graphique. Ce confluent m'intéresse beaucoup. Je ne voudrais filtrer des images qui n'appartiennent qu'à moi, les graver d'une certaine façon elle aussi très personnelle, avec mon vocabulaire. On peut se sentir de certaines familles, mais il faut rester soi-même.

            Il y a toujours une partie plus ou moins tendre en nous, poreuse, un peu d'aubier perméable aux influences, quelque chose de commun à tous ; il ne faut pas le nier, mais au contraire assimiler, s'enrichir sans jamais oublier le coeur, l'autre partie plus profonde, celle qui reste authentiquement vôtre et que l'on a tant de mal à préserver.

            Cette quête de l'individuel, toutes ces questions, ralentissent le travail. Les estampes s'espacent de plus en plus ; il faut beaucoup de temps avant de choisir :  il y a la matière, il y a le graphisme, le noir de l'encre, le blanc du papier, la séduction du peu de travail, de l'économie des moyens et, au contraire la superposition des techniques nombreuses, laborieuses : autant de facettes dans lesquelles je me reconnais, autant de matières qui apparaissent tour à tour et que je voudrais faire vivre toutes ensemble sur le même cuivre, jouer de tout cela et ne pas devenir le spécialiste d'une façon, celui qui recommence toujours la même chose. On devrait pourtant pouvoir travailler toute sa vie sur le même sujet sans jamais s'ennuyer ni ennuyer les autres.

            Peu à peu, ma conception de la gravure comme image laisse davantage de place au goût pour la matière gravée ; matière gravée née d'un travail que je poursuis depuis de longues années.

            Avant, le plaisir de faire une image avec tout ce que le mot « image » laisse entendre d'anecdotes, de descriptions, était dominant.

            La technique qu'il a fallu apprivoiser ou inventer pour arriver à mes fins est devenue plus facile, plus fluide. Ce langage que je me suis approprié, plus spontané, a infléchi mon esprit, ma pensée, vers un goût nouveau : celui de la convergence entre la force de l'image traditionnelle qui n'en est plus vraiment une et la composition sensible où le descriptif laisse place à la recherche de force, d'homogénéité, d'équilibre. Par exemple : les arbres ne sont plus vraiment envisagés comme des arbres, mais avant tout comme un tissu, une texture rythmique qui, jour après jour, est devenue de plus en plus délicate, suggestive.

L'acquisition de ce nouveau vocabulaire me laisse entrevoir, sentir des désirs différents, une liberté nouvelle. Le rythme, la rugosité variable du cuivre, sa richesse, deviennent aussi importants que sa clarté, sa lisibilité.

            Il faut penser maintenant la matière en terme instrumental permettant une évocation plus ou moins déconnectée du souci descriptif.

            Avec les plaques couleur, des travaux très différents, en s'additionnant par superposition ou juxtaposition, jouent chacun leur partie au service d'un ensemble. Ces travaux peuvent être comparés aux instruments d'un orchestre symphonique.

Le but de tout cela n'est pas la simple coloration mais toujours une tendance vers une qualité nouvelle qui entraînerait l'intérêt, la contemplation, un état, un plaisir plus abstrait débarrassé de la lecture habituelle.

            La gravure n'est pas, comme le dessin, un acte spontané. Il faut profiter de sa lenteur.

Ce handicap doit être, paradoxalement, à l'origine d'une saveur très particulière.

            Pour apprécier l'eau-forte, la goûter vraiment, il faut qu'elle soit exceptionnelle : travailler beaucoup pour s'éloigner d'un tissu simple et traditionnel et atteindre ce qui, à l'origine, était désigné comme impossible.

            Les goûts, les influences, sont disparates. Il faut démêler tout cela pour ne tirer que le fil de l'authenticité.

            Chaque planche est un pas de plus vers la connaissance du graveur que je dois être.

                                      G. BANCAL

                                      30/06/2006             

                      

                      

Publicité
Commentaires
Estampe d'Aquitaine
Publicité
Newsletter
Archives
Publicité
Visiteurs
Depuis la création 177 791
Pages
Publicité
Publicité